Traduction ou francophone ?

Telle est la question, et voici quelques éléments – personnels – de réponse.

Chez Griffe d’Encre, nous privilégions la découverte de nouveaux auteurs francophones. C’était notre but en créant cette structure, et nous n’en avons pas dévié. La très grande majorité de notre catalogue est donc issue d’auteurs français, belges et suisses.
Cependant, nous avons toujours dit que nous ferions sans doute un peu de traduction également. Nous avons à ce jour tenté l’aventure 3 fois pour des nouvelles en anthologie (Graham Joyce, Bruce Holland Rogers), et 1 fois pour un roman très atypique de James Lovegrove, GiG.

Quels sont les avantages ou les inconvénients à publier des traductions ?

Est-ce un avantage ? – pour moi, non. Il n’y a pas de travail éditorial sur une traduction. Évidemment, cela fait gagner du temps. Beaucoup de temps. Cela économise du stress. Beaucoup aussi.
Mais je trouve cela plus frustrant qu’autre chose, étant donné que le travail éditorial est pour moi la phase la plus intéressante dans la publication d’un livre.
On a quand même réussi, avec Magali, à trouver une micro-incohérence dans la version originale de GiG, que James Lovegrove nous a autorisées à corriger dans la VF. Youpi, mais c’est un peu maigre. On a bossé avec Mélanie Fazi sur le fignolage de la traduction. Heureusement, le challenge de GiG était particulier (c’est un roman composé de 2 novellas, bourrées d’anacycliques et de palindromes, aussi bien dans la forme que dans le fond, pouvant se lire dans n’importe quel ordre, l’histoire résultante n’étant pas la même selon le sens choisi, et coup de chapeau au passage à Mélanie pour son remarquable travail) : c’est ce qui m’a permis de retirer la satisfaction du devoir accompli suite à quelques sympathiques montées d’adrénaline pendant la phase de correction de la traduction, ou de la maquette (sans parler de l’impression, les 2 histoires étant tête-bêche et l’imprimeur un peu perdu sur le sens dans lequel coller la couverture).

Inconvénient : le coût. Pour GiG, nous avons voulu jouer le jeu comme les grands, voir si on pouvait se permettre de payer un traducteur plein pot. Le bilan, près de 2 ans après la parution : non. Nous avons pour le moment réimprimé GiG 1 fois, et nous ne sommes toujours pas rentrés dans nos frais.

Inconvénient certain pour le lecteur : c’est plus cher, puisque nous intégrons une partie du coût de la traduction dans le prix final du livre.

Ces 2 derniers inconvénients peuvent sauter dans le cas où l’éditeur fait lui-même la traduction et ne se paie pas.

Avantage théorique : si on est prêt à payer plus cher pour un livre traduit, c’est en général que l’auteur est un peu plus connu que les auteurs français au catalogue, et qu’on espère que les ventes vont suivre.
En pratique, c’est comme pour tout, l’auteur étranger à la portée du micro-éditeur français ne bénéficie en général pas de la notoriété de Stephen King, et les ventes ne décollent pas autant qu’on pourrait le croire.

Reste le dernier argument : coup de cœur de l’éditeur pour un livre étranger, non traduit encore, et qu’il veut absolument faire découvrir au public français. C’est la seule chose qui dorénavant pourrait me faire passer outre la frustration mentionnée plus haut : une frustration encore plus grande qu’un chef d’œuvre ne soit pas disponible en français.
Et c’est ce qui fait que nous avons en projet d’essayer de traduire un cycle de SF, ça plus le fait que la traduction sera un petit défi (et donc coûtera cher), car il y a des notions assez pointues dans plusieurs domaines, ce qui fait qu’on va essayer de convaincre un gros agent de nous laisser tenter l’aventure en lui disant que l’auteur n’a rien à perdre à dire oui, auteur qui s’il est plutôt « bankable » à l’étranger ne se vend pas très bien en France et n’y est plus traduit depuis longtemps…
Projet suicidaire, peut-être.
Mais j’ai eu un coup de cœur pour ces livres, que pourtant je regardais d’un sale oeil au départ, mon mari s’étant laissé convaincre par un copain de les prendre pour lui faire de la place dans son salon – comme si on avait de la place dans le nôtre, avec tous les cartons de GdE qui y traînent… Bref, c’était mal parti entre nous, jusqu’à ce qu’une nuit d’insomnie je chope le premier en grommelant quelque chose d’assez peu aimable, que je le dévore, que j’enchaîne sur le second dans la même nuit, et que le lendemain matin, complètement shootée aux endorphines (naturelles, hein !), j’appelle mon associée pour lui dire, ou lui hurler, plutôt, « je veux traduire ça, lis-le et dis oui », qu’un copain libraire nous confirme qu’ils n’ont jamais été traduits en français et que ça serait super, et que le copain désencombreur à l’origine de tout ça soit emballé par l’idée, lui aussi… On aura au moins deux lecteurs 😉
Arrivera-t-on à nos fins ? No sé. Pour le moment l’idée est juste en l’air, depuis bientôt 2 ans maintenant, et elle y restera pour encore un bout de temps, le temps qu’un projet perso soit bouclé et nous libère du temps pour nous atteler à cette tâche.

Bref, la traduction, pour nous, c’est plutôt non.
Mais quand c’est oui, on y va de bon cœur. 🙂

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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4 commentaires pour Traduction ou francophone ?

  1. Juste comme ça, une idée, pourquoi seulement les auteurs francobelgelvètes? se demande l’expat’…
    Un peu de traduction, je ne suis pas contre non plus, mais c’est tellement mieux en v.o…. il se fait tard pour moi, et je n’ai pas lu tous les livres. Priorité aux francophones, donc. Priorité, non pas exclusivité.

  2. Dame Elodie dit :

    Un cycle de SF toujours pas paru depuis 2 ans et qui vous passionne encore ?
    Moi aussi j’aimerai le découvrir, et je pense que je serai loin d’être la seule !

    La traduction, une grande galère, même nous, étudiants de lettres, partageons les appréhensions sur ce travail d’équipe…

    C’est la première fois que je commente un article, mais j’apprécie de découvrir vos coulisses sur ce support…

    Encore, encore !

  3. Menolly dit :

    Thibault > Ce n’est pas un choix délibéré de notre part, il se trouve seulement que pour le moment nous n’avons pas publié d’auteurs canadiens… Cela viendra peut-être !

    Dame Elodie > Eh oui, je suis une fidèle, une fois que j’ai eu un coup de coeur pour un livre, je ne l’oublie pas.
    Ravie de savoir que nous aurons au moins 3 lecteurs si nous arrivons à traduire ce cycle 🙂

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