Heures indues

Micro-éditrice n’ayant pas les moyens de prendre un abonnement téléphonique spécifique pour la maison d’édition (il n’y a pas de petites économies), je me suis retrouvée contrainte de donner mon numéro personnel à mes clients libraires (du temps où j’étais auto-diffusée), et de le faire figurer sur mon papier à en-tête et tout ce qui exige des mentions légales et des coordonnées.

L’anecdote s’est produite un soir. Imaginez : il est déjà plus de 21 h, les enfants sont couchés, le téléphone sonne, je réponds en pensant qu’il s’agit d’un membre de la famille, ou d’un ami intime…

Que nenni ! C’est un monsieur, un inconnu, qui m’appelle pour me poser des questions sur mon catalogue et ma ligne éditoriale. Quand il comprend que je privilégie le fantastique et la fantasy, il s’emballe même d’un coup, m’explique que j’ai tort, que je dois absolument publier aussi de la science-fiction pure et dure, etc.

Un peu décontenancée, je parviens à lui demander comment il a eu mon numéro, et j’apprends avec stupeur que c’est un ami à lui, libraire, qui m’aurait balancée.

Une autre anecdote de la même veine : un autre monsieur un brin plus jeune, rencontré dans un salon où il était venu en visiteur, histoire de repérer des éditeurs auxquels il pourrait envoyer le manuscrit de son premier roman. Quelques semaines après nous avoir envoyé le manuscrit en question, il téléphone lui aussi fort tard le soir pour demander si je l’ai lu, ce que j’en ai pensé, et pourquoi est-ce que je ne l’ai pas encore lu, et quand est-ce que je le lirai et lui donnerai la réponse… Bouh !

Ok, je bosse de 7h à 22h environ (parfois jusqu’à plus tard, et parfois la nuit) 5 jours sur 7, si on cumule mon job alimentaire, mes obligations de mère de 3 enfants, mon travail d’écrivain et mon travail d’éditrice. Et le week-end, soit je suis sur le terrain pour des salons, des festivals, des dédicaces, soit je continue à bosser (mais j’essaie de dormir jusqu’à 8h, si j’y arrive). Hormis pour me rendre sur les salons, et pour amener les enfants à l’école ou au sport, je n’ai pas de déplacements, donc quand je dis que je bosse, c’est vraiment ça. D’ailleurs la première chose que je fais en me levant le matin, c’est allumer l’ordi et le modem. Et quand je suis obligée de ne pas travailler à cause de mes ennuis de santé, ben je bosse quand même, d’une certaine façon, parce que mon cerveau continue de gamberger sous l’influence de l’inspiration.

Eh bien tout ça n’est pas une raison pour me téléphoner à des heures indues ! (Enfin, quand on est un inconnu. Surtout qu’ils n’étaient pas tout jeunes, ces messieurs, donc les règles de politesse, on a dû les leur inculquer : ça se faisait beaucoup, dans le temps.)

On peut se demander pourquoi je n’ai pas eu le réflexe de leur dire : « Monsieur, à cette heure-ci, je ne réponds pas à ce genre de questions, rappellez quand les bureaux seront ouverts. » J’avoue, je n’y ai pas pensé, j’ai de très mauvais réflexes conditionnés qui me poussent à répondre gentiment aux gens, en général, et à me laisser vite envahir (mais je lutte, je lutte, un jour je saurai me protéger correctement).

D’où ce paradoxe : mi-artiste, mi-éditrice indépendante, j’en arrive à fantasmer sur les standards, les horaires d’ouverture, les bureaux bien séparés, et les réceptionnistes cerbères façon secrétaire médicale (même si certaines sont parfaitement charmantes)…

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A propos argemmios

Auteur de Fantasy et de Fantastique, maintenant et à jamais. Anthologiste, aussi, puis éditrice depuis la création des éditions Argemmios : http://www.argemmios.com Parce que l'Histoire et les histoires, les grands mythes, le folklore, mes deux pieds dans la terre, mes mains enracinées aussi, et cet oeil qui a vu, ce corps qui a senti ce que la science ne sait pas.
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11 commentaires pour Heures indues

  1. Jo Ann dit :

    C’est du manque de savoir-vivre d’appeler qui que ce soit, où que ce soit, après 19 heures (quand c’est professionnel).

  2. Chwip dit :

    Tu as un numéro de fixe ? Alors dis à tes proches qu’après 17 ou 18h, tu coupes le portable, et basta. Et n’hésite pas à filtrer les appels, la petite touche rouge est accessible pour ça, justement !
    Devenir requin pour une histoire de téléphone, ce serait dommage et tu nous manquerais.

  3. Argemmios dit :

    La petite touche rouge ? Quelle petite touche rouge ?
    (Sont de plus en plus compliqués, ces téléphones).
    En tout cas, merci pour vos commentaires, je me sens rassurée, y en a qui maîtrisent encore la notion d’horaires convenables 😉

  4. Peggy dit :

    Pourquoi cela ne me surprend pas ? 😦
    Sinon, il y a aussi l’option répondeur qui te laisse entendre la voix de ton correspondant.
    Comme cela tu sais en écoutant le message si tu peux décrocher ou non.
    J’en avais un avant, c’est super pratique quand tu n’es pas une fana du téléphone ! (mais je ne sais pas si ça se fait encore, maintenant la plupart des téléphones ont un répondeur intégré et on n’entend pas le correspondant…)
    En tout cas, cela me choque de lire qu’on peut appeler comme cela à plus de 21 h chez les gens…

  5. Lelf dit :

    J’ai du mal à comprendre ce qui se passe dans la tête des gens qui appellent à ces heures là… Ils sont au bureau eux, ils sont prêts à bosser encore ?
    Peut être qu’ils pensent que parce qu’ils écrivent sur leur temps libre, notamment en soirée, l’éditeur travaille de même fort tard… Quand bien même, ce n’est pas une raison.
    Je trouve qu’il y a déjà de bonnes suggestions pour filtrer ce genre d’appel. Et un déconditionnement pour être moins polie en répondant s’impose 😉
    Sinon je ne pense pas qu’il y ait un paradoxe à souhaiter un cadre de travail rigoureux, si ça facilite la vie ^^

  6. PAuluc dit :

    Quand on laisse un n° de téléphone dans un courrier professionnel, si l’on veut montrer que l’on est pro. justement : il faut avoir un répondeur, ou une messagerie qui prend les messages en-dehors des heures ouvrables, ou un renvoi vers un service disponible. Ou bien mentionenr les heures d’ouverture.
    Les clients potentiels testent la qualité du vendeur : disponibilité (justement en-dehos des heures habituelles), service après-vente (je suis dans la merde un dimanche est-ce que l’on va résoudre mon problème). Un gros client se croit par définition tout permis. Après c’est à vous de voir si vous voulez passer une vente ou pas.

  7. Ereneril dit :

    Malheureusement, tout ça me rappelle furieusement ce que vivent les artisans à la campagne.

    Mon beau-père, plombier, se faisait régulièrement réveiller à 5h du matin par des « clients » qui venaient carrément taper à ses volets jusqu’à ce qu’il se lève.
    « ben oui, justifiaient-ils, on sait qu’à cette heure-ci, vous n’êtes pas encore parti sur vos chantiers, donc on est sûrs de vous trouver… »

    Les gens imaginent que le monde entier est à leur service.
    Il y a clairement des paires de claques qui se perdent…

  8. Oph dit :

    Un p’tit mobile à carte juste pour recevoir des appels et surtout pas pour en passer soi-même, est-ce que ça pourrait marcher, éventuellement ?
    Et celui-là, pas de pitié, allumé de 9h à 18h du lundi au vendredi, point-barre.

  9. Argemmios dit :

    Y a de l’idée dans vos commentaires. Je vais creuser le mobile à carte. 🙂

    PAuluc, ce ne sont pas des gros clients, pas même des clients tout court, et il n’y avait même pas de ventes à la clef. Du coup je ne comprends pas bien le rapport, mais bon…

    Je crois surtout qu’il ne s’agissait que d’exemples de personnes un peu trop centrées sur elles-mêmes. Heureusement des cas rares, rapportés pour l’anecdote. Le genre de petites plaisanteries auxquelles on s’expose quand on est indépendant et qu’on amalgame quelque peu vie personnelle et vie professionnelle. Cloisonner n’est pas toujours facile (et dans mon cas, je n’y ai pas pensé de prime abord). ^_^

    Dans le même genre, on a droit au harcèlement par mails, aussi. Oh, on filtre, on change l’adresse mail, on en attribue une spécifique pour les envois de manuscrits non sollicités, on nomme même un chef du CdL qui en impose, chargé de gérer tout ça, mais à un moment donné, on est bien obligé d’ouvrir la boîte à mails, et là c’est le torrent furieux…

    Y a un gars que j’ai fini par mettre sur liste noire. Il a trouvé moyen d’envoyer ses mails à d’autres éditeurs, en précisant que ça m’était adressé, et les autres éditeurs m’ont fait suivre pour info, donc je n’ai pas pu y échapper.

    Les joies du métier 😉

  10. Julien dit :

    Pour pas grand-chose on peut aussi acheter sur Skype un numéro qui ressemble à un numéro de téléphone fixe et fait office de répondeur, et tu peux bien sûr répondre toi-même si tu es devant ton ordinateur quand l’appel arrive et que Skype est lancé. Pour celui qui appelle bien sûr tout fonctionne comme s’il appelait un numéro fixe. C’est très pratique quand tu es à l’étranger, ça éviter d’avoir à payer pour le roaming.

  11. Louis dit :

    La passion et l’investissement n’ont pas d’horaires, d’autant plus que vos coordonnées apparaissent clairement sur des docs formels, je m’étonne que le sujet porte sur la téléphonie elle-même plutôt que sur le contenu des appels… Ah les priorités du métier !! Un peu de retenue, il y a des gens sérieux dans ce domaine…

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