Auto ? Mobiles…

Lorsque j’ai créé les éditions Argemmios, j’ai tout de suite lancé plusieurs appels à textes. Du thématique afin de composer la première anthologie (cette série Périples Mythologiques étant d’ailleurs à la source de la création de la maison d’édition), du libre d’inspiration (dans la limite de la ligne éditoriale) afin de nourrir le catalogue. Sur le papier, celui-ci n’était pas tout à fait vide : j’avais dans ma corbeille la version pré-dir lit de Flammagories (Collectif), une promesse de roman de la part d’un auteur que j’aime beaucoup (mais qui n’a pas encore finalisé ce bébé-là, d’ailleurs Philippe, si tu me lis…), un ovni composé par un artiste belge, rencontre des mots et de l’image, pour lequel j’attends d’ailleurs les images (Alain joli, remember me), une promesse de roman morcellé (concept sur lequel je reviendrai dans un autre billet) qui semble, finalement, en dormition, et un projet de BD qui avance, petit à petit, et qu’on espère boucler pour 2012.

Au commencement fut… non, pas le Verbe. Pas ce coup-ci, ça aurait trop un goût de déjà vu. Au commencement, donc, je n’avais pas envisagé de publier de textes de ma plume. D’ailleurs, dès l’Esprit des Bardes (l’anthologie que j’avais dirigée pour les éditions Nestiveqnen), alors même que l’on m’en avait offert la possibilité, je m’étais refusée à m’ajouter au sommaire (en revanche j’avais glissé un petit bonus caché en fin de volume, un bonus que j’avais offert à l’éditeur et aux lecteurs, et qu’on ne pouvait trouver que si on restait dans la salle jusqu’au bout du générique de fin… du moins, c’était l’idée).

Et puis il y a eu le succès des Contes Myalgiques 1. Des lecteurs qui m’ont découverte, qui se sont intéressés à ce que j’avais publié précédemment, et qui ont retrouvé la trace des Débris du Chaudron.

Le texte n’existait alors que dans sa version « grosse nouvelle », au sommaire de l’anthologie Royaumes (éditions Fleuve Noir) parue en 2000 et dirigée par Stéphane Marsan (le gars de chez Bragelonne qui aime le fromage, l’autre gars préfère les nounours à la guimauve enrobés de chocolat – on ne sait jamais, ça peut vous donner des idées de cadeau. Heu, tant que j’y suis, moi j’aime le fromage (s’il n’est pas au lait cru, allergies obligent) ET les nounours, et comme je préfère qu’on m’offre de la nourriture plutôt que des fleurs… Ben oui, ni mon activité d’auteur(e) ni celle de micro-éditrice ne remplissent mon frigo, hélas. Fin de la digression). Rien de bien nouveau sous le soleil, donc, hormis le fait que l’anthologie était épuisée et que Fleuve Noir n’envisageait pas de second tirage. Alors, avec les copains qui dès le départ m’avaient assurée de leur soutien si je montais en première ligne, on s’est dit : « Et si on rééditait ce texte, puisque tes lecteurs nous le réclament ? »

J’ai repris le bébé, je l’ai relu, j’ai vu qu’il y avait matière à le retravailler pour l’étoffer et l’améliorer, j’ai attrapé Jean Millemann par la peau du cou (ou je me suis jetée à ses pieds pour l’implorer humblement, je ne sais plus) afin qu’il endosse le rôle du directeur littéraire, je lui ai remis le fouet (mais pas la clef du garde-manger), et puis Lucie Chenu a également jeté un oeil sur tout ça avant d’écrire la préface. Je me suis fait plaisir en agrémentant la nouvelle version avec des illustrations intérieures très belles réalisées par Magali Villeneuve. J’ai ajouté un glossaire, encore un bonus… et le roman s’est retrouvé prêt avant tout le reste.

Bon, ce n’était pas plus mal, ça allait permettre de tester le circuit. Faut dire qu’on commençait modestement (ma grand-mère m’a toujours dit qu’il fallait faire le pas selon la jambe) : auto-diffusés, auto-distribués (c’est-à-dire que je faisais les paquets et que je les confiais à la Poste en priant pour qu’aucune grève ou aucun apprenti footballeur en manque de ballon ne croise leur chemin). Si c’était un échec, une seule personne serait lésée : moi-même.

Heureusement, ça a démarré gentiment, et ça a continué au même rythme. Puis on s’est fait tirer dessus au gros calibre (y en a qui comprendront l’allusion) et on a failli en crever, mais on a survécu et on a même passé la vitesse supérieure puisque maintenant on a un diffuseur-distributeur.

En tout cas, en ce qui concerne Les Débris du Chaudron, il ne s’agissait pas d’une auto-publication mais d’une réédition revue et augmentée. Et la nuance est importante.

Pour Voir avec le Coeur, en revanche, il s’agissait bien d’une auto-publication. Mais là encore, le mobile était de tester le circuit, et de tester ma compétence dans le domaine des publications pour enfants. Ce conte-là, que j’avais écrit, à l’origine, pour mes filles, je ne l’avais jamais envoyé à aucun éditeur, tout simplement parce que je ne savais pas trop à qui le proposer. Mais je savais qu’il fonctionnait, car je l’avais lu dans plusieurs classes de l’école primaire Jean Moulin de Pontoise, et j’avais tenu compte des réactions des institutrices et des élèves pour le peaufiner. Je tenais à la version audio pour deux raisons : le souvenir ému que je conservais des livres-disques de mon enfance, produits par le Petit Ménestrel, et mon désir de rendre le texte accessible également aux enfants malvoyants. Et puis l’album de coloriage, c’était un petit cadeau bonus. J’aime bien faire des cadeaux. J’ai grandi à une époque où l’on en trouvait même dans la lessive, alors forcément, ça marque 😉

Quant à mon texte dans Flammagories, il n’a fait que réintégrer le collectif auquel il appartenait dès le départ, mais la version que vous pouvez en lire est exactement celle qui figure dans les Contes Myalgiques 1 et qui fut dirigée par Karim Berrouka et Michaël Fontayne.

Donc voilà, les tests ont été effectués, les collections sont sur les rails, la maison d’édition aussi. Je reste la principale anthologiste et la directrice littéraire (même si l’équipe s’est enrichie de directeurs d’ouvrages), mais si vous voulez lire mes écrits, il vous faudra les chercher principalement chez un autre éditeur qu’Argemmios.

Reste un point à préciser : pourquoi n’ai-je pas l’intention de publier d’autres textes de ma plume ?

Plusieurs raisons à cela :

– Déjà, s’auto-publier, c’est mal vu. Tout de suite, les gens se disent « elle s’auto-publie parce que personne d’autre n’a voulu d’elle ». Et je sais par expérience qu’on met bien plus de temps à se débarrasser d’une mauvaise image qu’à en perdre une bonne. Je n’aime pas être celle sur laquelle on médit à loisir, celle qu’on calomnie, celle qu’on méprise. J’ai la faiblesse de vouloir être aimée et appréciée. Donc autant ne pas forger moi-même la poutrelle en acier que d’aucuns ne manqueraient pas d’abattre sur mon dos fragile.

– Ensuite, en tant qu’auteur, j’ai envie de progresser. Il existe, au sein de certaines maisons d’édition, des directeurs littéraires avec lesquels je rêve de travailler, parce que je pense que ces personnes peuvent m’apporter beaucoup. Je n’ai encore rien soumis, n’ayant pas achevé les projets en cours, mais j’espère atteindre un jour un niveau suffisant pour les convaincre de se pencher sur mon cas. Une telle expérience me permettrait d’ailleurs de m’améliorer aussi sur le plan de la direction littéraire, et donc d’en faire bénéficier, par la suite, mes auteurs à moi que j’aime 😉 Car on n’est jamais « arrivé », dans les métiers de l’écriture. On apprend constamment. Et puis, qu’on soit auteur ou éditeur, à chaque nouveau titre, c’est un nouveau pari, une remise en cause, une prise de risques, et l’incertitude. Le lectorat acquis va-t-il suivre ou se lasser ? N’est-il pas déjà parti vers d’autres horizons, charmé par d’autres sirènes ? Saura-t-on le ramener, l’émouvoir encore ? Et ceux qui n’ont pas accroché lors de la première tentative, saura-t-on les convaincre de tenter le coup, cette fois-ci ? Ou de nous accorder une seconde chance, si la première n’a pas été concluante ? Etc.

– Enfin, je voudrais éviter certains amalgames fâcheux. En tant qu’éditrice, je veux être au service de mes auteurs. En aucune façon je ne souhaite ou n’ai souhaité me servir d’eux pour masquer et légitimer mes supposés projets d’auto-publication. De tels projets n’existent pas. Il y aurait bien mon premier roman (paru en 1991) que j’envisage de retravailler un jour, essentiellement pour l’harmoniser avec le cycle sur lequel je travaille en ce moment, mais je ne sais pas encore si ceci s’accomplira ni ce que je ferai alors du résultat – qui serait là aussi, s’il paraissait chez Argemmios (ou ailleurs), une réédition revue et augmentée.

En fait, ce dont je rêve, c’est que les Débris du Chaudron ne soit plus la meilleure vente du catalogue Argemmios (faut dire que roman + premier titre publié (donc plus longue période d’exploitation), ça lui donne des atouts que n’ont pas les recueils de nouvelles et anthologies parus après). Et je n’ai qu’une chose à dire à mes auteurs : allez-y, les filles et les gars ! A fond la gomme ! Je veux pouvoir m’installer dans les gradins et applaudir à vos succès.

Vroum vroum !

Publicités

A propos argemmios

Auteur de Fantasy et de Fantastique, maintenant et à jamais. Anthologiste, aussi, puis éditrice depuis la création des éditions Argemmios : http://www.argemmios.com Parce que l'Histoire et les histoires, les grands mythes, le folklore, mes deux pieds dans la terre, mes mains enracinées aussi, et cet oeil qui a vu, ce corps qui a senti ce que la science ne sait pas.
Cet article, publié dans Concrètement..., est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Auto ? Mobiles…

  1. Isa dit :

    Il est évident que quel que soit la qualité du travail fourni, il est très difficile de se débarrasser de l’image qu’on associe souvent aux auteurs qui ont leur propre nom au catalogue de leur maison d’édition (quelle qu’en soit la raison). Mais au final, c’est quand même le public qui a le dernier mot. Si le livre plaît, s’il a été dirigé correctement, il n’y a pas grand-chose à y redire d’un point de vue éthique.
    Le problème c’est que l’auteur-éditeur s’expose doublement avec cette double casquette (deux fois plus de coups sur la tête pour une protection guère plus efficace). Et il part avec un handicap commercial (la critique l’attend au tournant). Mais si le livre est un succès, on doit pouvoir dire qu’il est d’autant plus méritant.

  2. Ping : Griffe d’Encre et l’autopublication | Métier : éditeur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s