Charte graphique (2/2) – déclinaisons, exceptions

Previously in Charte graphique :

« Bon, mais alors, vous ne seriez pas un peu psychorigides, chez Griffe d’Encre ? Vous n’avez jamais eu de projet qui sorte un peu de l’ordinaire et qui vous oblige à bousculer votre sacro-sainte charte, que ce soit pour la couverture ou pour l’intérieur ? Rouge, vert, sable, bleu, il reste quoi si vous lancez d’autres collections ? Rose ? Gris à pois violets ? »

Et voici les réponses promises : un peu ; si, bien sûr ; pas grand-chose mais on se débrouille(ra) ; Dieu nous en préserve ; pourquoi pas.

Détaillons, dans l’ordre

1/ Psychorigidité

Mea culpa. Et encore, vous ne m’avez pas vue (pour la plupart d’entre vous) à l’œuvre en mode correctrice sur la ponctuation.
D’ailleurs, en parlant de rigidité (que d’aucuns en commentaire ont eu la bonté d’appeler prévoyance ou organisation, et je les en remercie), j’ai oublié d’en mentionner une preuve supplémentaire dans le billet précédent : nous appliquons en partie la charte graphique de nos ouvrages à notre site et notre boutique, et ce depuis le tout début. On retrouve les coups de griffes du 4e de couverture en fond des menus et des titres des articles, mais surtout, le site et la boutique changent de couleur selon l’ouvrage à paraître, par la magie des feuilles de style. Si c’est une anthologie dont on lance la souscription, tout devient vert comme un sapin de Noël (mascotte et boutons compris, sur la boutique). Si c’est un recueil, hop, on vire au rouge. Je ne vous énumère pas les autres collections, vous avez compris le principe. Lorsque nous lançons une souscription pour deux ouvrages appartenant à deux collections différentes, c’est un panaché qui s’offre aux regards des visiteurs (du moins quand notre hébergeur ne merdoit merdoie pas – cher 1and1, c’est un message mais ce n’est pas subliminal, et si tu pouvais au moins répondre à mes demandes et me tenir informée, je t’en saurais fort gré).

2/ Bousculade

Y en a eu. Et il y en aura encore.

2.1/ Pour l’extérieur, citons GiG, notre roman à difficultés gigognes, dont l’une était l’adaptation de la charte, justement. En short (devant l’Prisu), GiG étant un roman  (traduit) composé de 2 novellas présentées tête-bêche, nous nous sommes retrouvées avec 2 premières de couverture et aucune quatrième. Il a donc fallu adapter la charte, et c’est Magali Villeneuve qui s’en est chargée, avec bonheur même si l’intégration obligée du code-barres n’a rien fait pour l’aider.
Voilà le résultat, dans un sens puis dans l’autre :

GiG : Kim
GiG : Kim
GiG : Mik
GiG : Mik

Vous remarquerez qu’il reste évident qu’il s’agit d’un livre GdE. D’ailleurs les gens qui le prennent en main ne remarquent rien jusqu’au moment où ils le retournent (et là, soit ils le retournent à nouveau avec un air perplexe puis amusé, soit ils le reposent, l’air de rien, et s’en vont en vitesse, comme s’ils avaient peur de l’avoir… cassé (?)).

Nous avons tenté de compenser l’absence de 4e de couverture par les 2 phrases en miroir  présentes sur les couvertures : Kim est une fan / Mik est un chanteur ; et en écrivant 2 préfaces – ce qui nous a fait déroger à une autre de nos règles, d’ailleurs.

Résultat conforme à notre but : impossible de déterminer un sens préférentiel pour commencer la lecture de GiG.

Trash Pack - recto & verso
Trash Pack – recto & verso

Autre cas : le célèbre Trash Pack, seul coffret détenteur du label Green SF qui vous assure qu’aucun E.T. à 1 ou 3 yeux n’a été malmené pour sa fabrication.

Je ne vais pas me lancer ici dans de grandes explications : sachez simplement que le Trash Pack est un coffret (fait maison) regroupant 3 ouvrages, et que si son apparence prend quelques libertés avec la charte, encore une fois, impossible de rater son appartenance à GdE.

Pour les couleurs, au passage, on se distingue nettement de celles des collections avec ce thème violet sur fond blanc.

2.2/ Voyons pour l’intérieur, maintenant. Savons-nous prendre des libertés avec l’intransigeance affichée de la maquette ?
Oui. La rigueur n’exclut pas la fantaisie, bien au contraire, et je ne m’amuse jamais autant que lorsque je peux tout dézinguer lors d’une mise en page, mais à condition que ce ne soit pas gratuit.

Deux exemples pour commencer, en ce qui concerne la typographie : Au nord-nord-ouest d’Éden et La Dernière Nécropole, novellas de Gabriel E. Kopp, que je désignerai désormais par leurs petits noms : NNO et LDN.
Si la mise en page du récit est classique, dans NNO, nous nous sommes rattrapés dans les annexes. Annexes non prévues au départ, mais Gabriel, lors d’une énième phase de retravail, m’avait innocemment renvoyé une version prolongée de son texte. Et, bien que tout à fait passionnante, selon moi cette rallonge diluait la révélation finale et se révélait plus néfaste qu’autre chose.
« Qu’à cela ne tienne ! » me dit Gabriel, stoïque et adepte du « assassinez vos chéries » cher à S. King dans Écriture, mémoires d’un métier, mais dont l’auteur est, il me semble, A.C. Clarke, quelqu’un peut-il confirmer ? (et purée, j’aimerais bien pouvoir faire des notes de bas de page). « On l’enlève.
— Oui, répondis-je, mais c’était intéressant. Et si on en faisait une annexe ? »

Ainsi a commencé un marathon (on était à 2 ou 3 semaines du BAT), durant lequel l’annexe fut remaniée, parfois de fond en comble, un certain nombre de fois, pour au final se présenter comme la reconstitution de la retranscription automatique d’une conversation, annotée à la main, et à moitié détruite dans un cataclysme (ça peut sembler tiré par les cheveux si on n’a pas lu le livre, mais en fait, c’est très logique).

Voilà la tête de la chose, qui a fait lever quelques sourcils dans le service de l’imprimerie numérique :

NNO - extrait de l'annexe I
NNO – extrait de l’annexe I

Je précise, pour ceux que cela intéresserait (et je présente mes excuses aux autres ; j’en aurais bien fait une note de bas de page pour vous épargner ce paragraphe, mais  comme vous l’avez sans doute compris quelques lignes plus haut, ce blog ne connaît pas cette fonctionnalité), que tout dans cette annexe est fait sous Adobe InDesign (le logiciel de mise en page que j’utilise), et qu’il ne s’agit que de texte vectoriel, en aucun cas d’images, l’aspect déstructuré des notes manuelles étant obtenu lettre par lettre, en augmentant ou en diminuant la taille de la police, en tournant un peu la lettre dans un sens ou dans l’autre, en la montant ou en la descendant, en l’élargissant ou en l’étroitisant, etc.
Inconvénient : très gourmand en temps, comme vous pouvez l’imaginer. Avantage, qui bat l’inconvénient de loin : impression nickel, ce qui n’aurait pas été le cas avec un scan – ce qui était prévu au départ.

 

Exemples de jeux sur la typo dans LDN

Exemples de jeux sur la typo dans LDN

Passons à LDN, pour laquelle nous avons, encore une fois au dernier moment et suite à une facétie de Gabriel, décidé de jouer avec la typo, mais cette fois-ci dans le corps du récit. Nous avons tenté de retranscrire les ambiances dans lesquelles baignait le narrateur, grâce à des procédés divers.
Ainsi, le mal de tête tenace dont il est affligé au début du récit se traduit par des lettres qui manquent, des majuscules inopinées, des répétitions dans les dialogues, comme entendus par quelqu’un qui a la tête qui résonne, du coton et des sifflements dans les oreilles.
Un peu plus loin, pour retranscrire une ambiance très gore, nous avons utilisé une police « qui coule », ce qui a manqué de provoquer une crise cardiaque chez l’imprimeur, le chargé de la fabrication croyant que c’étaient leurs machines qui déconnaient.
Nous avons écrit sur fond noir, en miroir, changé la maquette (police, marges, interlignes, folios…) au milieu d’une phrase pour quelques pages, introduit des coquilles exprès (effort surhumain de ma part), des lettres grecques dans certains passages, le tout étant chaque fois intimement lié à l’histoire.

 

Et pour finir, dans l’annexe complètement délirante du sieur Gabriel (issue, encore une fois, d’un fumage de moquette dont il m’avait envoyé le résultat pour rigoler), je lui ai offert, en guise de remerciement (pour la moquette, la fumée et le reste), une mise en page en forme de tore (toujours en rapport avec le fond, bien entendu).

Annexe LDN - le tore tue
Annexe LDN – le tore tue

 

Autres exemples :

Dans le recueil Le Diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez, nous avons  volontiers accédé à sa demande d’inclure, comme s’il s’agissait d’une nouvelle ordinaire, la partition d’un morceau de sa composition : une berceuse pour l’une des petites filles de ses Contes pour enfants mort-nés – dont 3 sont inclus dans le recueil.

Blaguàparts - Organum (extrait)
Blaguàparts – Organum (extrait)

Dans le recueil Blaguàparts de Don Lorenjy, nous avons retranscris l’aspect de la nouvelle Organum (extrait ci-contre), que l’auteur qualifie de « texte scriptosonore à lecture bidirectionnelle orthogonale imbriquée ».
Dans ce cas, la forme est tellement importante que si elle n’est pas respectée, le fond n’existe plus.

Dernier exemple : dans l’anthologie Élément II : L’Air, je me suis arraché les tifs pour respecter la mise en page originale de la nouvelle de Timothée Rey, et me les suis arrachés de nouveau en apprenant que nous ne voyions pas la même chose dans le document de départ sur nos ordinateurs respectifs et que, par conséquent, je devais tout refaire. En résumé, le but était de retranscrire un enregistrement sur 2 colonnes, une pour le son, l’autre pour l’image, avec bien entendu des contraintes rigolotes comme le fait que telle ligne de la colonne « son » doive absolument se trouver en face de tel mot de la colonne « image », ou vice-versa.

3/ Nouvelle collection

Funny you should ask, car nous avons lancé une nouvelle collection il y a quelques mois : Carnet (pour Carnet de croquis ou Carnet de voyage), dirigée par Zariel, qui publiera des ouvrages issus de la collaboration entre un auteur et un illustrateur. Le premier opus, intitulé Le Guide de la poubelle galactique, fait partie du Trash Pack dont je parle un peu plus haut et est un pur délire ayant échappé au contrôle de ses créateurs.

Pour la couverture, nous avions tout d’abord pensé au noir, au blanc… Et puis Zariel a proposé une couleur / texture canson, avec des taches, poubelle oblige (mais des taches galactiques, attention !), et tous les éléments de la charte graphique en crayonné, sauf  le code-barres (je sais, petits joueurs) et le logo complet de la 4e de couverture.
Résultat :

Couverture du Guide de la poubelle galactique
Couverture du Guide de la poubelle galactique

Vous noterez que le texte de 4e de couverture (comme tous les autres textes) est lui aussi écrit à la main, tout en reproduisant fidèlement la police utilisée pour les autres collections. C’est fastidieux, j’ai cru comprendre. Il est donc peu probable que ce texte dépasse une ou deux lignes, dans cette collection, et Zariel n’encouragera pas non plus les titres à rallonge. ^^

Voilà donc une déclinaison de la charte qui n’était pas prévue au départ, mais qui fonctionne très bien.

Le Guide de la poubelle galactique - extrait
Le Guide de la poubelle galactique – extrait

Mais on ne s’arrête pas là. Pour cette collection, étant donnée ses particularités, la charte intérieure a été pas mal bousculée, elle aussi. Déjà, qui dit carnet de croquis dit illustrations, et ce carnet en comporte plus de 100. Ensuite, comme Le Guide de la poubelle galactique est en fait la synthèse des mémoires de Betsy, la poubelle vivante, Zariel a adopté une mise en page de machine à écrire : police Courier, ferrée à gauche seulement, pas de césures, les filets remplacés par des lignes de tirets, etc.

4/ Rose

Impossible, je suis allergique.

5/ Gris à pois violets

On en est bien capables. Wait and see.

Voilà, vous connaissez maintenant tous les secrets de la mise en page des livres griffés.
Enfin, presque tous. Je ne vous ai pas parlé de notre mascotte-qui-grandit, la Grifouille, mais je pense qu’elle méritera bien un article à elle toute seule*, en attendant l’artbook qu’on rêve de pouvoir lui consacrer un jour…

*Ladite Grifouille vous informe obligeamment qu’elle m’arrachera la tête si je ne tiens pas parole dans un délai de 3 mois galactiques standards.

 

 

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A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
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8 commentaires pour Charte graphique (2/2) – déclinaisons, exceptions

  1. Dudouit dit :

    quel délire graphique ! Bravo pour l’innovation !
    J’apprécie votre humour – vos billets teintent ma journée de francs sourires.
    A vous lire donc,
    Anita

  2. Yap dit :

    « du moins quand notre hébergeur ne merdoit pas »
    Du verbe merdoir ? Je pensais que c’était le verbe merdoyer… 😛

  3. Argemmios dit :

    T’as pas parlé du dyptique des CM. Tu vas devoir faire un 3ème billet :p

  4. Menolly dit :

    Je teste la réponse aux commentaires par mail ^^ Ça ne rentre pas vraiment dans la partie charte graphique, ça, je dirais, plutôt dans la partie purement illustration de couv. Je parlerai des couv, c’est en cours de rédaction. Et à ce moment-là, oui, y aura du Contes Myalgiques (et des poubelles) pour illustrer les couvertures qui se répondent. Et du Proverbes, aussi. Quand on en aura d’autres au compteur, je parlerai aussi des bonus un peu spéciaux, comme le coffret du TP et le petit tome des CM (faut que je t’en envoie, d’ailleurs) 🙂

  5. Menolly dit :

    Bon, résultat du test de commentaire par mail : ça marche, sauf pour les sauts de ligne. 😦

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  7. Ping : L’illustration de couverture | Griffe d'Encre – Le blog

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