Comment devient-on écrivain (de fascicules) ?

Je suis ici en contrebandier : le blog s’intitule métier : éditeur et je ne suis pas éditeur. Pas plus que je n’étais écrivain il y a peu. Partant de là, il est possible que je sois éditeur dans un avenir proche, donc que j’aie ma place ici en tout bon droit. Il suffira alors d’antidater le billet, de faire sauter ces quelques lignes d’introduction et de présenter la salade sous un titre comme Comment je suis devenu éditeur (de fascicules) : prequel… (Le rythme de mise en ligne souhaité par les responsables du blog est tel qu’il légitime toute tricherie.)

Les visiteurs du blog ronchonneront : hé, le gus, il n’est pas éditeur ? Mais bon, le propre de celles et ceux qui se plaisent à se réclamer lecteurs est de se laisser conter des histoires et le type qui se prétend écrivain est d’en raconter. L’endroit est accueillant, les propos réfléchis ; je ne fais pas dans le hors sujet, mais dans la fantaisie. Après tout, vous verrez plus bas, c’est une manière comme une autre de rendre hommage au métier d’éditeur.

Début : imaginez-moi – Robert Darvel, dont on pourra lire la biographie ici – non point ayant forme humaine mais sous l’aspect d’une boule de flipper. Imaginez un très-ancien modèle de flipper, de ceux installés lorsque le Chiquito, le Bon Coin ou autre Chez Gaby avaient encore leur enseigne au flanc d’une caverne : un flipper muni d’une boule en silex tout de même poli dans laquelle se reflète passagèrement chaque obstacle dont le heurt dévie la course.

Tchaaaak. Boule propulsée. Virage. Paf ! Premier obstacle rencontré : un arbre, sous lequel s’est installé un peintre-graveur qui aime dessiner d’après nature. L’arbre jouxte une maison. Une fenêtre s’ouvre au premier étage, un type apparait, qui lance au peintre : tu veux une bière ?

Ce type, qui distribue des canettes à qui explore la Normandie de Barbey D’Aurevilly, c’est Isidore Moedúns, peintre des couvertures Harry Dickson. Sa bio ? : Ici.

L’artiste ? Un proche de la boule en silex.

Same player shoot again : Paf ! Des gondoles en ferraille blanche dans un grand bâtiment en construction. Qu’il faut emplir d’un nombre impressionnant de livres. Chic, se dit la boule, des livres j’en lis beaucoup, je suis d’un naturel trop curieux pour n’ouvrir que ceux qu’on me dit d’ouvrir, j’en connais plein qui ont des  qualités rares et dont on ne parle pas, je vais les disposer sur ces gondoles. Un an plus tard, virée, la boule en silex responsable du rayon librairie d’une grande surface, pas de chiffre, clientèle déboussolée par l’offre.

Paf ! Elle fait des pieds et des mains. Se place comme représentant chez Inter Forum, que vous connaissez tous. Le jeu était de fourguer aux petites librairies du 5e arrondissement de Paris plus de livres qu’elles n’en pouvaient stocker, et dans le même élan de refiler des palettes d’ouvrages très-intéressants aux grandes surfaces du 95. Réunion Hôtel Lutécia tous les lundis, rencontre avec Jean-Jacques Pauvert et Françoise Sagan, Guy Schoeller et Guy Béart, Claude Manceron et Mireille Mathieu, ah ! Mireille… L’idylle a duré un an. Avec Inter Forum, pas avec Mireille.

Paf ! Recueil de nouvelles intitulé Ni chair ni poisson. La boule arrose un grand nombre d’éditeurs. Exactement au même moment sort Neither fish nor flesh, disque de Terence Trent D’Arby, titre identique, le salaud. Lui, il en vend plus. Mais le silex n’est pas minéral jaloux : qui se souvient encore de TTDA aujourd’hui ? Qui sait comment il se fait appeler ? Hé hé… Qui ne connaît pas encore Robert Darvel ? Qui sait comment il s’appelait avant ?

Paf ! Maquettiste. Depuis l’époque primitive des premiers Mac (Rahan fils de PAO) jusqu’aux outils d’aujourd’hui. La boule apprend les étapes de fabrication de la chose imprimée.

Paf ! 2005, centenaire de la mort de Jules Verne. C’est le moment de le relire. Il me faut la quarantaine de volumes sortis au Livre de Poche. Priceminister, Delcampe et Ebay. En découle l’emploi d’Internet au sens large.

Paf, paf, paf, paf, etc. ! Rencontres via le Social Network. Tarvel. Nolane. Delmas. Rivera, Verbrugghen, etc…

Paf ! Sergent Briggs. Vous ne connaissez pas le Sergent Briggs, chanceux.

Qu’ai-je à faire avec lui ? Quel rapport entre nous ?

Le Sergent Briggs (voir sa biographie ici) cherchait des écrivains pour ce qu’il nomme des Ateliers d’écriture – en vérité bancs de galère, chaînes, productivité affolante et atmosphère glauque car ses locaux sont ceux d’une ancienne scierie.

Depuis, production à jet continu, pseudonymes, anonymat…

Paf !… Paf !…

Conclusion : ces Paf ! et d’autres, que je vous épargne, ont été les chocs répétés sur une boule en silex qui , comme tout silex frappé produit des étincelles, a produit, noté, écrit, à mesure de ses chocs, sans savoir pourquoi, mais en apprenant comment, des mots : ces chocs ont généré des milliers de milliers de mots, des millions de signes, voire plus ; ces mots-étincelles ont filé ici et là dans les Grandes Ténèbres de l’édition. En ce moment même une partie de ce total, découpée en ensemble de 20 000 mots, se transforme en fascicules derrière les couvertures de l’Isidore (vous vous souvenez, tu veux une bière)…

Boucle bouclée par le plus harmonieux des hasards entre lui et moi, via un éditeur improbable, Le Carnoplaste, et un directeur de collection atypique (mais sévère) : le Sergent Briggs. (Notez, Briggs ayant installé ses quartiers dans une ancienne scierie, véritable rivage de sciure, il est normal que les étincelles produites par le silex que je suis l’aient affolé.)

Mais Briggs n’est pas seul. D’autres éditeurs viendront, happant les étincelles sous forme de romans et nouvelles, j’en vois qui rôdent déjà…

Conclusion de la fantaisie :

Dans chaque situation, oubliez que vous voudriez être écrivain. Oubliez-vous, ayez confiance en d’autres, dont c’est le métier (i.e. éditeur, on s’y retrouve) de repérer les étincelles… Oubliez qui vous êtes, laissez se consumer les braises de l’autofiction ; surtout, ne soufflez pas dessus pour qu’on vous remarque au prétexte mince et frelaté que vous êtes vous, laissez-les s’éteindre et à celles-ci préférez les brèves étincelles de votre silex sur vos Paf !

Si vous devez être écrivain, vous le serez : un éditeur y veille.

A bientôt,

Robert Silex Darvel

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