S’auto-publier dans sa propre collection… Et alors !

Quand on est à la fois auteur et éditeur ou directeur de collection, se pose un jour ou l’autre la question de s’auto-publier. A savoir est-ce qu’un éditeur ou un directeur de collection a le droit de publier un de ses ouvrages dans sa collection ou dans sa maison d’édition.

Légalement, la question ne se pose même pas, mais il reste le problème moral.

Je souhaite faire la différence entre l’auteur qui s’auto-publie pour diverses raisons qui méritent que l’on s’y attarde dans un autre billet et l’auteur qui publie une de ses œuvres au milieu d’autres auteurs, dans la collection qu’il dirige par exemple ou dans la maison d’édition dont il est le propriétaire. Même si pour certains le résultat est le même. Ici je ne parlerai que du deuxième cas.

Le vrai problème de l’auto-publication, c’est le regard des autres, voir le mépris qu’on peut y lire. S’auto-publier, c’est s’ouvrir à la critique des autres, c’est laisser l’impression que les autres éditeurs n’ont pas voulu de son texte alors on profite de ses avantages en tant que patron pour allègrement publier son roman et profiter de tous les avantages de sa fonction sans passer par le jugement d’un autre professionnel. Il reste toujours l’image d’un texte dont personne ne veut et qui n’aurait jamais été édité si l’auteur n’avait pas bénéficié de certains avantages.

Alors est-ce moral ? La question n’est pas prête d’être tranchée. Personnellement, je peux dire que la Rivière Blanche a été créée grâce à l’auto-publication. En effet, Jean-Marc Lofficier qui dirigeait les éditions Black Coat Press avait dans un tiroir un roman qu’il avait écrit jeune sous les conseils de Pierre Barbet et qu’il destinait au Fleuve Noir. Puis les années ont passé, Jean-Marc Lofficier s’est installé à Los Angeles et le roman est resté dans le disque dur. Il y a sept ans, sa mère qui avait corrigé ce roman, lui a dit : « Quand même tu es éditeur, tu pourrais au moins le faire publier. » Après une tentative, Jean-Marc décida de s’auto-éditer. Mais comme il trouvait que ce n’était pas terrible, il lança l’idée de la Rivière Blanche et il me demanda d’en assurer la direction avec comme objectif de trouver des romans d’anciens auteurs du Fleuve Noir qui dormaient dans des tiroirs. Mais ceci est une autre histoire que je vous raconterai.

Donc le premier roman de la Rivière blanche fut une auto-publication et, comme au départ, nous n’avions pas de manuscrits, eh bien le troisième roman fut une autre auto-publication : un de mes romans qui lui aussi traînait depuis trente ans dans mon disque dur. Par la suite, j’ai publié deux recueil de nouvelles, un de Jean-Marc Lofficier et un de Sylvie Miller et Philippe Ward, mais dans ce cas, je ne crois pas que ce soit de l’auto-publication, car la majorité des nouvelles avaient été publiée dans d’autres supports indépendants de ma personne, donc validée par d’autres responsables. Et pour finir, j’ai publié un de mes romans dans la collection noire parce que j’ai pensé qu’il allait très bien dans cette collection, même si, je l’avoue humblement, je n’avais pas envie d’aller à la pêche à un autre éditeur. C’est vrai que c’est une solution de facilité que j’ai adoptée et que j’ai honteusement profité des avantages pour en tirer parti. Et pourtant je ne le regrette pas, et pire, je n’ai même pas honte de l’avoir fait.

Pourquoi n’est-il pas moral de s’auto-publier pour certains ? Tout simplement parce qu’il ne faut pas mélanger les genres, et que c’est profiter de sa place pour sortir ses propres œuvres sans esprit critique, bref, profiter du système pour se mettre en valeur à côté des autres auteurs.

Personnellement, j’avoue que cela ne me pose plus de problème. Au départ, j’avoue que j’ai eu du mal à me publier dans la Rivière Blanche, mais après je me suis dis, pourquoi pas, si je fais le même travail sur mon roman que sur celui des autres, pourquoi ne pas me publier. Bien entendu c’est une solution de facilité, et aussi d’éviter les lettres de refus des autres éditeurs, le tout est d’essayer d’être le plus objectif possible avec son texte. Après, bien entendu, il faut s’attendre aux critiques qui ne manqueront pas, mais bon, là aussi les critiques ce sera un autre sujet.

S’auto-publier comme s’auto-éditer, c’est aussi maîtriser tout le processus de l’édition, ce qui est parfois un avantage, l’illustration, la promotion, les ventes, et, si cela ne marche pas, ne s’en prendre qu’à soi-même.

Alors je continuerai à m’auto-publier dans la Rivière Blanche, si jamais je pense qu’un des mes ouvrages le mérite. Et je serai aussi dur envers moi qu’envers tous les auteurs qui me proposent des textes.

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5 commentaires pour S’auto-publier dans sa propre collection… Et alors !

  1. Robert Darvel dit :

    Je sais, elle est bof (disons que c’est pour amorcer avec légèreté le débat qui ne va pas manquer), mais concernant Rivière Blanche, le terme exact ne serait-il pas plutôt « bateau-publié » ?

  2. argemmios dit :

    Pour rester dans le ton léger initié par Robert, je dirais que s’auto-publier chez Rivière Blanche, c’est du blanchiement de texte 😉

    Plus sérieusement, l’édition à compte d’auteur et l’auto-édition au sein d’une structure publiant d’autres auteurs sont déjà deux choses bien distinctes, à la base.

    Mais on en reparlera 😉

  3. Ward dit :

    Je vois que certains s’entraînent pour gagner le prix Versins

  4. Sand dit :

    On peut aussi s’auto-publier pour faire profiter la structure d’édition de sa propre renommée d’auteur, acquise précédemment. Je crois que c’était le raisonnement de Léa Silhol (pour l’Oxymore), entre autres.
    Sans compter en effet le contrôle sur la couverture, le format, la fabrication…

  5. Ping : Griffe d’Encre et l’autopublication | Métier : éditeur

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