Pourquoi certains livres sont-ils (beaucoup) plus chers que d’autres ?

Sur notre stand, dans un salon, s’étalent devant vos yeux perplexes des ouvrages dont le prix ne vous semble pas toujours très « juste ».

Par exemple, côte à côte, vous pourrez trouver :

– un roman francophone de 420 pages à 20€
– un roman traduit de 300 pages à 20€ également
– une novella de 110 pages à 9€
– un carnet de croquis de 76 pages, dont 14 couleurs, à 18€

À se demander si on ne fixe pas nos prix avec un dé à 20 faces.
La réponse est non.

Je vois régulièrement, dans les chroniques de nos novellas, la remarque qui a le don de me faire grincer des dents, à savoir que « c’est cher pour si peu de pages ».
C’est vrai, d’un côté.
Mais en fait, non. ^^

Si je ne sais pas comment les autres éditeurs de ce blog fixent le prix d’un ouvrage, je suis raisonnablement sûre qu’aucun dé d’aucune sorte n’intervient dans le processus.
Chez Griffe d’Encre, on cherche simplement à rentrer dans nos frais de base si on vend la moitié du premier tirage.

J’explique.

Nos premiers tirages s’effectuent en général à 300 exemplaires (c’est peu : dans micro-édition, il y a micro).
On tente donc de rentrer dans nos frais de base une fois la barre des 150 exemplaires vendus.

Les éléments qui rentrent en compte dans le calcul sont les suivants :

  • le coût de l’impression, sachant que si on rapporte le coût unitaire d’un livre à son nombre de pages, plus le livre est gros, plus ce coût à la page est faible (à cause des frais fixes, j’en reparlerai, c’est prévu – et dans le cas d’un carnet de croquis comportant des pages couleurs, ce coût grimpe en flèche). Et d’un imprimeur à l’autre, ce coût va varier, bien entendu ;
  • les droits versés à l’auteur sur ces 150 exemplaires vendus ;
  • le forfait de l’illustrateur, qui est le même pour une novella ou un roman (plus élevé dans le cas du carnet de croquis, et accompagné d’un pourcentage sur les ventes) ;
  • le forfait du traducteur, dans le cas du roman traduit, en général proportionnel au nombre de feuillets (1 feuillet = 1 500 signes), et donc au nombre de pages ;
  • le forfait de la correctrice et / ou de la maquettiste dans certains cas (lorsque nous déléguons une partie du travail éditorial et de la mise en page) ;
  • le pourcentage attribué au directeur d’ouvrage (lorsque nous déléguons ce travail : cela ne concerne pour le moment qu’un seul de nos ouvrages) ;
  • notre marge moyenne estimée (grâce à cette fabuleuse et incontournable science qu’est la pifométrie), une fois enlevée celle prise par les intermédiaires (libraires, festivals, distributeur, diffuseur du temps où on en avait un), en prenant en compte les cas où point d’intermédiaire il n’y a (boutique en ligne, etc.), ce qui ne veut pas dire marge de 100% (frais d’envoi offerts pendant les souscriptions, par exemple).

Cela ne prend pas en compte les frais annexes : envois de SP, déplacements, etc., ni l’à-valoir versé à l’auteur, mais il ne s’agit que d’une estimation. On a d’ailleurs bien conscience qu’en fait on ne rentre pas dans tous nos frais une fois la moitié du premier tirage vendu, très loin de là. C’est juste un mode de calcul.

Un joli petit tableau avec les formules qui vont bien pour calculer le bénéfice = recette (prix de vente x nb exemplaires vendus x marge estimée) – coût de l’impression – droits d’auteur – les divers forfaits et pourcentages, en faisant varier le prix de vente jusqu’à ce qu’on tombe sur un bénéfice proche de 0 pour 150 exemplaires vendus ; et voilà notre prix calculé.

Et comme la plupart des coûts énumérés ci-dessus ne sont pas proportionnels à la taille de l’ouvrage, si l’on se rapporte simplement à la « quantité » (nombre de pages ou poids), une novella est vendue environ 2 fois plus cher qu’un roman francophone, et un carnet de croquis comportant quelques pages couleurs, plus de 5,5 fois plus cher.

Mais on vend des livres, pas des ramettes de papier. ^^

Advertisements

A propos Menolly

Cocréatrice des éditions Griffe d'Encre en 2006, je dirige la collection Novella, et codirige les Romans avec Magali. Je suis également gérante de la société, webmastrice du forum, du site et de la boutique, correctrice, maquettiste, et chargée de la fabrication des livres griffés. Le repassage, par contre, c'est pas mon truc.
Cet article, publié dans Un peu de technique, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Pourquoi certains livres sont-ils (beaucoup) plus chers que d’autres ?

  1. argemmios dit :

    Les frais fixes qui ne sont pas liés à l’imprimeur, tu as prévu un billet dessus aussi ?

    Je pense à la banque, aux impôts, à l’hébergement du site et de l’e-boutique, au coût des stands sur les salons payants (en plus des frais de déplacement, d’hébergement et de repas) que je distingue des marges sur le CA que se prennent en plus certains festivals (celui de Lyon, par exemple). Et puis les frais de timbre, d’enveloppes, de papier-bulle, de cartons d’expédition, d’étiquettes, de décoration de stand, de fournitures de bureau, les logiciels à acheter (parce qu’on a besoin des licences pour rester dans la légalité), la maintenance du matériel informatique, le développement et la mise à jour du site quand on ne sait pas le faire soi-même (ou quand on n’a pas un bénévole pour s’en occuper)… et je suis sûre que j’en oublie.

    Ah oui, tiens : le coût du comptable, aussi ! (maman, je t’aime !)

    Tous ces frais, quand on n’a qu’un seul moyen de faire rentrer de l’argent dans les caisses : la vente de nos livres.

  2. Menolly dit :

    Non, pas de billet prévu sur ce genre de frais pour le moment. Si tu te sens d’en faire un, vas-y, ça m’intéresse d’ailleurs.
    Et ça me fait penser qu’il faut que je rachète des enveloppes à bulles. 😛

  3. Kennel dit :

    Bien vu, tu fais bien de remettre les pendules à l’heure ! Sans parler (j’enfourche mon dada une fois de plus) des bouquins remplis de … remplissage. Que le héros mette un slip rouge et qu’il ouvre la porte (quoique, dans Ubik…) pour sortir ou que son robot marche avec des clous de 10 cm rouillés à point (sauf, si, par ailleurs, il y a une grève générale sur Minette 442, et que tout un tas de faits intéressants s’enchaîne suite à la pénurie de clous, évidemment) , on s’en tape. Moi, en tout cas.
    Sinon, le point 2 me semble largement surestimé et accrédite (pas comme mon compte, j’attends toujours) des idées aussi répandues que fausses à propos des gains astronomiques des auteurs ! C’est limite désinformation, là.

  4. Menolly dit :

    c-à-d, le point 2 surestimé / limite désinformation ? Pour moi le point 2, c’est :
    « les droits versés à l’auteur sur ces 150 exemplaires vendus », qu’est-ce qui est surestimé là-dedans ? Je ne donne pas de pourcentage, en plus, je dis juste qu’on paye l’auteur… ?? Pô compris.

    En tout cas le compte d’éditeur classique doit rémunérer l’auteur dès le premier exemplaire vendu (si ce n’est pas le cas, on n’est plus dans le compte d’éditeur). C’est ce que fait GdE, et je ne parle que de nous dans ce billet ; pour ce qui est des délais, sauf arrangement, avec les auteurs étrangers notamment qu’il est parfois plus rentable de payer en liquide lors d’un salon plutôt que par un virement qui va nous être facturé la peau du cul, on paye nos auteurs dans les 2 mois suivant le relevé (semestriel à nos débuts, annuel maintenant) des ventes. Par contre loin de moi l’idée de faire croire que pour autant nos auteurs sont riches. Enfin, peut-être qu’ils le sont, mais pas grâce à nous ^^.

    Pour être plus précis, chez GdE toujours, et hors anthologies pour lesquelles on marche au forfait comme la plupart des éditeurs, l’auteur touche 7% du prix TTC de l’ouvrage sur les 500 premiers exemplaires vendus, 8% jusqu’à 1 000, 9% jusqu’à 1 500 et 10% au-delà (ce qui ne concerne qu’un seul de nos livres à l’heure actuelle).
    Quand on ne connaît pas le milieu, ça paraît peu et ça l’est, soyons francs, mais on ne peut pas verser plus sans se casser la figure. D’ailleurs j’ai un billet en cours de rédaction sur la question, pour expliquer qui gagne quoi sur un livre vendu, mais disons qu’en gros, rien qu’entre les marges du libraire et du distributeur, la TVA et l’imprimeur, ça engloutit déjà plus de 80% du prix de vente.

  5. kennel dit :

    C’est la réponse que j’attendais : je me disais qu’il n’y avait pas seulement des éditeurs et des auteurs qui lisaient ce blog. Il fallait préciser les pourcentages, voilà qui est fait.
    De nombreuses personnes ne connaissent pas le milieu, justement, et n’ont aucune idée du fonctionnement de la chaîne du livre.
    Pour le reste, pas d’inquiétude, j’ai bien signé un contrat d’éditeur, aux termes tout à fait normaux.

  6. Menolly dit :

    Ah ben dans ce cas, il suffisait de me demander clairement des précisions sur les pourcentages 😉 Je n’ai aucun goût pour la rétention d’information, c’est juste que le sujet était le prix du livre et non les droits d’auteur.
    Parce que là, je n’avais vraiment pas compris du tout ce que tu voulais dire, et c’est un coup de bol que je t’aie donné les infos que tu attendais. ^^

  7. Kennel dit :

    C’est vrai, je suis tordue comme gonzesse. Vrai aussi que ce dont tu parlais, c’était le prix du livre ! Coup de bol, non. Ta finesse légendaire, oui.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s